Le fabricant français de fusées Sirius Space et la start-up autrichienne Tumbleweed ont signé cette semaine un protocole d'accord pour envoyer des expériences en microgravité. Un premier vol suborbital est à l'étude, avant d'éventuelles missions en orbite.

Vue d'artiste d'un étage de fusée Sirius libérant des charges utiles au-dessus de la Terre, pour illustrer le partenariat entre Sirius Space et Tumbleweed. © Sirius / Tumbleweed
Vue d'artiste d'un étage de fusée Sirius libérant des charges utiles au-dessus de la Terre, pour illustrer le partenariat entre Sirius Space et Tumbleweed. © Sirius / Tumbleweed

Sirius Space Services et Tumbleweed ont officialisé leur rapprochement mardi 29 septembre. La start-up viennoise, qui conçoit des conteneurs prêts à l'emploi pour les expériences en microgravité, va étudier leur intégration à bord du démonstrateur suborbital français SIRIUS 1B. À plus long terme, les deux entreprises envisagent de viser l'orbite avec la future gamme de lanceurs réutilisables du fabricant français. De quoi imaginer développer de nouveaux médicaments, faire pousser des cristaux plus purs, ou tester des matériaux impossibles à fabriquer sur Terre.

Le Pod, un labo miniature prêt à partir dans l'espace

Tumbleweed veut rendre l'accès à l'espace aussi banal que l'envoi d'un colis. La start-up, qui compte plus de vingt experts entre l'Autriche et Delft, aux Pays-Bas, vend de la microgravité à des chercheurs, des industriels et des équipes de R&D. Pour séduire ce petit monde, elle mise sur des développements matériels menés tambour battant et des tarifs affichés en toute transparence.

Son principal atout tient dans une boîte, baptisée Pod. À l'intérieur, la pression et la température sont celles d'une pièce ordinaire, et le Pod fournit lui-même l'électricité, l'enregistrement des données, la puissance de calcul et les capteurs de mesure. En plus d'être déjà certifié pour le vol, il est conçu pour qu'une panne à l'intérieur y reste confinée. Les chercheurs n'ont donc pas à prouver que leur expérience supportera le voyage, une démarche technique et administrative qui peut d'ordinaire freiner l'accès à l'espace, et Tumbleweed se charge de l'installer sur la fusée. « Le Pod vous donne l'apesanteur sans avoir à vous soucier de la manière d'y aller », résume d'ailleurs Guillaume Brault, le patron technique et cofondateur de l'entreprise installée à Vienne. La société revendique un accès dix fois moins cher et cinq fois plus rapide.

Cette année, Tumbleweed a même lancé Oasis Alpha, présenté comme le premier satellite commercial autrichien, avec quatre charges utiles de clients, de la production de protéines aux matériaux avancés. Cette plateforme orbitale autonome héberge les Pods, et son successeur, Oasis Beta, doit pouvoir les ramener sur Terre. Reste désormais à multiplier les vols.

SIRIUS 1B, le banc d'essai de la microgravité à la française

C'est tout l'enjeu du rapprochement avec l'entreprise française Sirius. Les deux partenaires vont d'abord évaluer si les Pods sont compatibles avec SIRIUS 1B, le « B » signifiant Ballistic. Ce démonstrateur suborbital monte jusqu'à l'espace puis retombe sans faire le tour de la Terre. Il doit valider les technologies clés du lanceur en vol réel, tout en offrant une brève plage d'apesanteur. Selon Guillaume Brault, cette mission permettra aux scientifiques d'embarquer leurs expériences « facilement et rapidement ».

L'étape suivante vise l'orbite, autrement dit un vol assez rapide pour tourner autour de la Terre au lieu de retomber aussitôt. Sirius prépare pour cela une gamme de trois lanceurs réutilisables, SIRIUS-1, SIRIUS-13 et SIRIUS-15, conçus pour revoler plusieurs fois. Les deux plus gros modèles réunissent respectivement trois et cinq premiers étages du SIRIUS-1, un peu comme des briques de Lego, pour placer des satellites de moins de 1 100 kg à environ 600 km d'altitude. Il faut encore discuter des missions possibles, besoins techniques et du calendrier restent à discuter. Mais il faut saluer les efforts de la société francilienne qui, fondée en 2020 et deux fois lauréate du plan d'investissement public France 2030 pour les petits lanceurs, veut offrir aux jeunes pousses européennes « une trajectoire allant des premières missions suborbitales et des essais en microgravité jusqu'à l'accès à l'orbite », comme l'affirme son PDG, Antoine Fourcade.

Alors s'il faut garder les pieds sur terre, Sirius progresse pourtant. Elle a annoncé ce mois-ci le premier allumage de son moteur STAR-1, imprimé en 3D, dans sa configuration complète, et le CNES lui a ouvert l'historique pas de tir Diamant de Kourou. Tumbleweed, de son côté, ne met pas tous ses Pods dans le même panier : elle a déjà pactisé en juin avec le girondin HyPrSpace. Guillaume Brault note toutefois que les lanceurs de Sirius « pourraient parfaitement répondre » à son ambition : « offrir un accès rapide, régulier et simplifié à l'environnement spatial ».